C’est pas tous les jours qu’on a l’occasion d’échanger de vive voix avec un pionnier du Hip-Hop en France. Uncle Tex a vu naître le mouvement dans la capitale au début des 80s et depuis, il fait partie des entrepreneurs activistes de la Culture en tant que fondateur et directeur d’institutions pionnières du Hip-Hop, graffeur, DJ, auteur ou encore Consultant Marketing !

Uncle Tex, Consultant Marketing et pionnier du Hip-Hop en France – Crédit photo : @swelly_x sur Instagram
Retour sur 50 ans de passion, d’activisme et d’entrepreneuriat avec celui qu’on surnomme Uncle T… S/O Wings & Chill (70 Rue Alexandre Dumas, 75011 Paris) pour l’accueil !
Herbby : Quel est ton premier souvenir de Hip-Hop ?
Uncle Tex : Rapper’s Delight de The Sugarhill Gang mais à l’époque, je ne savais pas que c’était du Hip-Hop ! Le son sort en 1979, je suis au collège et pour nous, c’est juste des mecs qui parlent sur une instru de Funk.
H : Par quelle discipline as-tu commencé à l’époque ?
UT : J’ai commencé par le graffiti et la danse. C’est ce qui me plaisait le plus, j’ai jamais voulu être rappeur, j’ai toujours voulu être au second plan. Quand t’es graffeur, on ne te voit pas et pour la danse, ma mère était prof de danse donc j’ai toujours aimé danser. J’ai commencé par danser sur de la Funk puis je suis passé au Hip-Hop.

On set avec Uncle Tex chez Wings & Chill – Crédit photo : @swelly_x sur Instagram
H : En 1990, tu lances et gères GET BUSY : le premier magazine Hip-Hop en France ! Raconte-nous un peu la genèse du projet. Comment est-il accueilli à sa sortie ?
UT : En 1990, il y avait des guerres de bandes dans Paris et la presse avait associé chaque quartier à un groupe de Rap, genre Vitry et Little MC, Saint-Denis et NTM etc. La même année, Public Enemy est venu en concert au Zénith et l’évènement a fait polémique dans la presse, encore une fois, avec des titres comme : “le scandale du concert anti-blancs au Zénith”… D’ailleurs, j’ai conservé tous ces articles. Du coup, on en a eu marre de ne pas avoir de voix et de voir notre histoire racontée par la presse mainstream ou la presse spécialisée rock qui n’aime pas le Rap.
Vu que j’avais fréquenté le milieu du rock alternatif, j’avais cette culture du Do It Yourself. J’étais très proche du collectif IZB, qui a organisé les premiers gros concerts de Rap en France à la fin des 80s, ils m’ont mis en contact avec leur gars Sear qui avait la même idée, on a échangé puis on a lancé le magazine. On a tout fait à la main, à l’époque il n’y avait pas d’ordinateur donc on tapait tous les articles à la machine. Le premier numéro, on l’a photocopié… On s’est procuré des cartes étudiants pour avoir les photocopies moins chères puis on l’a agrafé à la main ! On s’est dit que personne ne voudra payer même 2 Francs pour l’acheter donc on l’a distribué le soir de la Fête de la Musique, le 21 juin 1990, lors de la soirée de lancement de Rapattitude, la première compilation de Rap français. On savait qu’il y aurait du beau monde et au final, tout le monde a kiffé !
Du coup, on a enchaîné en sortant “le vrai” premier numéro à 3 Francs. On l’a vendu de la main à la main, on en a passé aux quelques boutiques Hip-Hop de l’époque comme Ticaret. On avait créé tout un réseau d’activistes en province qui avaient des associations ou des émissions de radio, à qui on envoyait le magazine par lot de 10 et ils nous renvoyaient les sous après… La débrouille à 100% !

On set avec Uncle Tex chez Wings & Chill – Crédit photo : @swelly_x sur Instagram
H : Quatre ans plus tard, en 1994, tu montes WICKED : la première agence de Street Marketing en France avec des clients de haut standing comme Def Jam, Bad Boy Records, Sony Music, Loud Records, Warner Music, Rawkus Records… Parle-nous un peu de cette expérience au cœur de l’industrie.
UT : Je suis resté chez GET BUSY jusqu’en 1993 puis je suis parti un an en Suisse pour bosser avec le label de Sens Unik, un des trois plus grands groupes de Hip-Hop là-bas. Ils avaient monté leur propre label, on était deux à gérer et en un an, j’ai tout appris sur le business parce qu’on faisait tout : la prod’, l’exécution, le marketing, la distribution, les concerts, les tournées etc. Sachant que je manageais aussi Fabe et SLEO.
Suite à ça, mon pote Côme Chantrel, qui est très peu connu mai qui est super important dans l’Histoire du Hip-Hop en France, est parti aux US pour bosser avec Russell Simmons, peu de temps après qu’il ait lancé Rush Management. Il a bossé un à deux ans pour lui puis il a rencontré Steve Rifkind qui était sur le point de monter Loud Records. J’étais encore en Suisse et il me parlait de Loud en me disant que c’était lourd, que je devrais venir etc. Sachant que le père de Steve Rifkind est le fondateur de Spring Records qui avait sorti sur une face B le vrai premier disque de Rap avant The Sugar Hill Gang : The Fatback Band. Et Steve avait lancé la boîte de Street Marketing SRC qui lui a donné l’idée de monter Loud au début des 90s. Du coup, j’ai rejoint mon pote à New York, j’ai fait trois mois chez Loud et j’ai absorbé tout ce que je voyais sur place !

Air Max2 CB ’94 “White/Purple-Black” à mes pieds – Crédit photo : @swelly_x sur Instagram
Je suis rentré en France, Skyrock n’était pas encore premier sur le Rap, le magazine L’Affiche parlait des musiques du monde et n’était pas encore spécialisé dans le Rap. On devait sortir les disques de Fabe et SLEO donc on a monté WICKED et quand ils ont signé leur contrat, on a imposé un budget pour faire du Street Marketing. L’opération a marché et à partir de là, tous les labels français ont commencé à m’appeler pour leurs sorties d’albums ! De mon côté, je continuais de faire des aller-retours aux US par rapport à mes contacts et je passais des deals avec les labels pour sortir les albums de Rap US en France parce qu’à l’époque, tous les albums kainrys ne sortaient pas forcément ici. Du coup, j’ai passé un double deal : les américains m’envoyaient les promos de tout ce qui sortait, nous on les testait avec les DJs français, on remontait aux maisons de disque françaises tous les projets qui pouvaient marcher ici et ils débloquaient du budget pour du Street Marketing, en plus de tous les albums de Rap français. Et après, à la fin des 90s, on a commencé à être approché par des marques hors de la musique comme Nike, Coca-Cola, EA Sports…
En gros, notre savoir-faire était de pouvoir toucher les jeunes urbains, chose que les multinationales ne savaient pas faire. Donc tout ce qu’un jeune urbain pouvait consommer, on pouvait le marketer auprès des marques. On a même bossé pour Intervilles ! (rires)

Peace, Love, Unity and Having Fun avec Uncle Tex chez Wings & Chill – Crédit photo : @swelly_x sur Instagram
H : Toujours dans le monde du quatrième art, tu fais partie de la fameuse Funky French League qui est un crew de DJs et producteurs unis par l’amour du Groove et du Funk. Peux-tu développer sur l’influence de ces 2 styles dans l’univers de la musique ?
UT : Déjà, s’il n’y a pas le Funk, il n’y a pas le Hip-Hop. Le Disco et le Funk datent des 70s et ils ont influencé le développement du Hip-Hop et de la House. Pour la petite histoire, le fondateur de la House Music, Frankie Knuckles, était un DJ new-yorkais qui est parti vivre à Chicago et qui jouait des vieux morceaux de Disco remixés dans un club qui s’appelait The Warehouse ! Le Groove et le Funk sont la base de 90% des musiques actuelles.

Uncle Tex, Consultant Marketing et pionnier du Hip-Hop en France – Crédit photo : @swelly_x sur Instagram
H : Aujourd’hui, tu es Consultant Marketing pour diverses marques telles que Ralph Lauren, Bleu de Paname ou encore French Deal. En quoi consiste ton job ? À quels niveaux ton expérience dans le Street Marketing au début des 90s t’aide à exceller dans le Marketing 30 ans plus tard ?
UT : Pour des marques comme Ralph Lauren, je suis leur “décodeur urbain”. Je les aide à s’installer dans le monde urbain, collaborer avec des ambassadeurs cohérents et pertinents, et réaliser des opérations authentiques. Concernant BDP et French Deal, les fondateurs sont issus du mouvement donc je bosse avec eux sur leur stratégie globale et l’exécution au niveau opérationnel. Sachant que je n’ai pas du tout fait d’études marketing, je devais être prof d’histoire à la base ! (rires) J’ai aucune notion ou connaissance marketing théoriques mais j’ai tout appris sur le terrain. C’est grâce à toutes mes expériences en Street Marketing depuis le début des 90s que je suis devenu Consultant Marketing.

On set avec Uncle Tex chez Wings & Chill – Crédit photo : @swelly_x sur Instagram
H : Autre casquette, tu fais partie des auteurs du livre Hip-Hop Culture aux éditions Larousse, avec François Gautret et Comer. Que trouve t-on dans cet ouvrage ? Comment définis-tu la Culture Hip-Hop ?
UT : C’est mon deuxième livre chez Larousse, après Street Style avec Tonton Gibs et Tekki Latex. La ligne directrice de Larousse pour cet ouvrage était qu’il soit lisible par des personnes de 7 à 77 ans. C’est pas un livre uniquement pour les spécialistes. On a essayé de retracer les 50 ans du Hip-Hop aux US et en France, à travers un ouvrage de vulgarisation, accessible et intergénérationnel, sur l’ensemble des disciplines.
Pour moi, le Hip-Hop est une culture multidisciplinaire, je dirais même la dernière culture qui est apparue au XXème siècle, avec de l’art graphique, de l’art lyrique, de l’art corporel et du DJing. Kool Herc et les DJs Hip-Hop ont d’ailleurs défini toutes les bases de cette discipline qui ont été reprises par d’autres styles musicaux comme la techno. Avant, les DJs Disco faisaient juste du “beatmatching” pour mixer dans les temps et les DJs Hip-Hop ont inventé le “crossfader”, les passe-passes, le “phasing”… Le Hip-Hop est né comme une contre-culture et 50 ans après, c’est la Pop Culture !

Sample d’Air Force 1 aux pieds de Uncle Tex – Crédit photo : @swelly_x sur Instagram
H : Que peut-on attendre d’Uncle Tex dans les mois à venir ?
UT : Alors, pas de nouveau bouquin cette année… (rires) Avec la Funky French League, on vient de sortir la compilation Frenchy but Funky chez Warner et on va enchaîner avec d’autres sorties de disques d’ici la fin de l’année. Sinon, on a récemment lancé un gros évènement au Mazette, nommé Upside Down, en collaboration avec le collectif Osoul, toutes les deux semaines du 19 avril au 20 septembre, autour de la danse !

On set avec Uncle Tex chez Wings & Chill (70 Rue Alexandre Dumas, 75011 Paris) – Crédit photo : @swelly_x sur Instagram
